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©️ Marie Doucedame

Adaptation radicale & communs

Julien Lecaille est « créateur et animateur de Communs » : il contribue à de nombreux réseaux et projets en ligne, ainsi que dans la vie réelle. Il a été l’un des premiers à traduire les articles de Jem Bendell en français et à animer le mouvement francophone, car il considère l’Adaptation Radicale comme un carrefour, à haute portée politique, des thèmes qu’il explore (effondrement, transition, communs, etc.).

Flora Clodic-Tanguy, le - # Magazine

Retrouvez cet article dans Le numéro 6 de Yggdrasil

Adaptation radicale, réinventer une culture, se débrancher du monde virtuel, la mauve, rocket stove... Avec Yggdrasil #6, l'automne sera chaud !

Date de parution :
140 pages

Recevoir Le numéro 6

YGGDRASIL
Comment as-tu plongé dans l’Adaptation Radicale ?

JULIEN LECAILLE
Depuis plusieurs années, je dévore la littérature scientifique et militante sur les sujets systémiques qui m’animent. Je fais de la veille, que je partage sur des groupes et des réseaux (virtuels et réels), notamment ceux que j’administre. C’est comme ça que j’ai découvert les travaux de Jem Bendell et le pavé dans la mare qu’il venait de lancer avec son article.

Y • En quoi l’Adaptation Radicale colle-t-elle avec ta vision des effondrements en cours et à venir ?

JL • Ce qui nous attend dans les prochaines années et décennies, c’est une exacerbation de ce que j’appelle « la tripartition du monde », une transition chaotique comportant des phases d’effondrement localisé, redistribuant les récits politiques entre trois rapports au monde.

Le premier se matérialise à droite de l’échiquier politique, parfois même à son extrême : c’est la défense à tout prix du business as usual et de la modernité. C’est la position de ceux qui sont attachés à ce que la vie continue telle qu’ils l’avaient imaginée quand ils étaient jeunes.

Deuxième position, qu’on retrouve au centre de chacun des deux bords : la croyance en la croissance verte ou en l’écomodernité. On la retrouve chez ceux qui pensent qu’on peut concilier l’économie et l’écologie, en faisant vivre toutes nos infrastructures humaines sans (trop) dépouiller la nature.

La troisième voie est celle de la simplicité radicale. On se passe radicalement des choses. On les bazarde.

Y • Comment le sujet des Communs, au cœur de ta vie d’aujourd’hui, résonne-t-il avec l’approche de Jem Bendell ?

JL • Les 4 R me semblent tous importants, mais la Réconciliation me semble la plus difficile et pourtant la plus déterminante, tout comme la question qui l’accompagne : « Avec quoi et avec qui allons-nous faire la paix en nous éveillant à notre mortalité mutuelle ? » C’est le « nerf de la guerre pacifiste », si l’on peut dire ! [rires] Dès maintenant, au présent, et demain, dans l’incertain…

Notre plus gros défi, c’est donc de reconstruire un monde en Commun, au sens où l’employaient Elinor Ostrom [politologue étasunienne, prix Nobel d’Économie 2009 qui a travaillé sur la gouvernance de biens communs, ndlr] et tous ceux qui lui ont emboîté le pas.

Sans nier les souffrances que l’on inflige aux autres vivants, le dialogue avec les autres humains me semble le plus essentiel à nouer. Nous devons apprendre à vivre avec les autres, surtout si nous ne sommes pas d’accord avec eux…

Le seul moyen, c’est la rencontre physique, pour la gestion de quelque chose en commun – un jardin partagé, un projet – qui a de la valeur à nos yeux.

Y • En quoi les trois valeurs centrales de l’Adaptation Radicale – la compassion, la curiosité et le respect – te semblent importantes ?

JL • Ces trois valeurs me sont chères et j’essaie autant que possible de les mettre en pratique dans mes interactions avec les autres (et avec moi, même si c’est parfois plus compliqué !) parce qu’elles me semblent structurantes du vivre ensemble d’un groupe ou d’une société.

Je suis terrifié du monde déjà tel qu’il est, de la difficulté à s’en faire une idée commune. Ça sera encore plus difficile dans un contexte dégradé. Il me semble essentiel d’apprendre à être un peu moins un individu au sens moderne pour être davantage dans une logique d’écoute et de compassion.

De même, la curiosité permet la remise en cause de nos privilèges, de nos a priori, et la sortie de notre zone de confort. Il n’y a pas de véritable dialogue sans la volonté de s’aventurer dans d’autres espaces et univers mentaux, pas seulement intellectuels, mais aussi pratiques. Cet aspect est vraiment central dans la réflexion sur les Communs. Elle permet la jonction, la connexion, et offre un haut potentiel de rencontres.

Enfin, le respect… se fait trop rare ! Il permet pourtant un horizon de compréhension commun. Au sein de la communauté francophone de l’Adaptation Radicale, on se pose notamment la question de la création d’un espace inclusif, dans lequel on s’assure d’un soutien mutuel et de la plus grande diversité possible.

Une communauté francophone en devenir


Julien Lecaille fait partie d’un groupe en ligne qui se réunit chaque semaine pour partager ses réflexions (et émotions !) sur l’Adaptation Radicale.

Ils ont à cœur de partager ces idées avec le grand public et dans le mouvement collapso, qui ne la connaît pas encore bien.
En cause : la barrière de la langue.

Le Forum francophone : https://framateam.org/adaptation/channels/town-square
Le site francophone : https://adaptationradicale.org/

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