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© Jacky Jousson

Le millepertuis - L'herbe porteuse de lumière

Véritable panacée dans la tradition populaire, le millepertuis est l’une des plantes médicinales les plus utiles de la planète pour son action majeure sur les blessures physiques, morales et spirituelles. Elle nous éclaire non seulement pour prendre en main notre santé, mais aussi pour fortifier notre esprit et notre cœur sur les chemins escarpés de l’effondrement.

Béatrice Mera, le - # Magazine

Retrouvez cet article dans Le numéro 1 de Yggdrasil

Edgar Morin, éco-psychologie, habitat résilient, permaculture, low tech, joie & insoumission, natures sauvages... : le numéro 1 d'Yggdrasil, pour reprendre sa vie en main !

Date de parution :
140 pages

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Exonération de responsabilité
Ces informations sont à visée éducative et ne remplacent pas un diagnostic médical. L'auteur et l'éditeur ne sauraient en aucun cas être tenus responsables de tout effet ou conséquences résultant de l'usage des préparations indiquées pour cette plante.

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Millepertuis, Hypericum perforatum
L’étymologie de son nom savant en révèle déjà beaucoup. Hypericum vient du grec huper, «au-dessus, au-delà» et eikon, «image, icône». Perforatum signifie en latin «percé, perforé». Le pertuis, en ancien français, c’est le trou. En effet, les feuilles du millepertuis, observées par transparence, semblent criblées de mille petits trous, qui sont des glandes translucides contenant des huiles essentielles. On l’appelle aussi herbe à la brûlure, herbe aux piqûres, herbe du mal, herbe aux mille vertus, chasse-diable. Son nom d’herbe de Saint-Jean existe dans presque toutes les langues européennes, dont en anglais : St John’s wort.

De la famille des hypéricacées, la plante est vivace, haute de 30 à 80cm, à tige dressée. Les feuilles sont petites, ovales, criblées des fameux petits trous ; les fleurs jaunes d’or, pressées entre les doigts, laissent s’échapper un liquide rouge sombre. Elle fleurit de juin à septembre, apparaît au soleil, sur les bords des chemins, des talus, dans les friches, les prairies sèches ou les prés rocailleux. Plante bio-indicatrice des sols, elle signale un engorgement du terrain, un excès de carbone, une carence en azote et en matière animale, une vie microbienne déficiente possible (Gérard Ducerf). Native d’Europe et de certaines parties d’Asie, elle est présente partout dans les régions tempérées.

Coutumes
Herbe emblématique du Soleil, elle est célébrée pendant le culte païen du solstice d’été et associée au dieu Baldur des pays nordiques, le dieu de la Lumière. Après la christianisation, elle fut reliée à saint Jean-Baptiste le 24 juin, le suc rouge de la plante symbolisant le sang du martyr. Imprégnée de magie, elle est associée aux fées et aux esprits de la nature. La tradition du millepertuis comme herbe de protection des influences maléfiques pour les personnes ou les bâtiments se retrouve partout en France et perdure dans les Pyrénées à la fête de la Saint-Jean.

Approche énergétique
Astre : le Soleil.
Genre : masculin.
Élément : le feu.
Chakras : associé au plexus solaire et au troisième œil.
Saveurs : amère, astringente, aromatique, légèrement piquante et sucrée

Composants majeurs
Hyperforine, hypéricine, huiles essentielles, tanins, polyphénols, résines, flavonoïdes, rutine.

Propriétés
Analgésique, apaisante sur les nerfs, anti-inflammatoire, antiseptique, antimicrobienne, antibactérienne, antivirale, antifongique, aide à la guérison des plaies, antispasmodique, astringente, diurétique.

Les vertus médicinales de l’huile rouge
Pour les plaies
Longtemps associée aux blessures de guerre – pendant les croisades, les soldats emportaient avec eux l’huile rouge et l’alcoolature de millepertuis comme remèdes –, l’huile de millepertuis est reconnue aujourd’hui pour aider à la guérison et à la cicatrisation des plaies grâce à sa teneur en hyperforine, qui s’oppose à la prolifération des germes bactériens et viraux, même sur des lésions sévères comme les plaies de perforation (Andrew Chevallier). Elle a une action antitétanique (Sajah Popham). Elle accélère la cicatrisation des actes chirurgicaux, dont les épisiotomies, les césariennes ou les piercings. On l’utilise sur les écorchures, les égratignures, les contusions, les griffures de chat, les morsures d’animaux, les piqûres de guêpe ou les crevasses.
Posologie : deux applications par jour avec une compresse imbibée d’huile rouge sur les plaies, auparavant lavées puis désinfectées. Pour des lésions sérieuses, procéder de même 3 à 5 fois par jour jusqu’à guérison complète. S’applique également aux soins des animaux.

Pour les brûlures et les soins de la peau Placée sous le signe du feu, l’huile rouge a une longue tradition populaire pour traiter les brûlures du premier et second degrés, accélérant leur cicatrisation et évitant l’infection. Elle soulage admirablement les coups de soleil, les érythèmes fessiers, partout où la peau rougit, est irritée : boutons, dartres, eczéma, psoriasis. Elle protège et adoucit la peau avant et après exposition de radiations ionisantes (Susun S. Weed). La mise en garde de photosensibilisation de l’usage du millepertuis est reconsidérée par les herbalistes (Christophe Bernard), l’huile étant utilisée avec succès comme protection solaire sur les peaux mates (dont la mienne depuis six ans). Les peaux très claires éviteront cependant cet usage et chacun·e est invité·e à prendre en compte sa propre sensibilité au soleil. Alors que l’utilisation de gélules ou d’extraits isolés de la plante sont à proscrire en raison de leur potentialité accrue de provoquer une photosensibilisation, la prise interne de la plante entière sous forme de tisane de plante récemment séchée ou d’alcoolature maison s’avère sans risques (Susun S. Weed).

Riche en antioxydants, l’huile rouge a des propriétés cosmétiques intéressantes : anti-âge, elle répare les peaux abîmées par le soleil, le froid, le vent et le tabac.

Pour les lésions nerveuses et les douleurs Grâce à son affinité avec le système nerveux, la plante apaise les traumatismes des nerfs dans les mains et les pieds, calme les névralgies, y compris dentaires, les sciatiques, les cruralgies, les douleurs intenses avec élancements, les fourmillements, les pertes de sensibilité (Anne McIntyre).

Spécifique des infections virales nerveuses, elle traite également la varicelle, le zona et l’herpès, dont elle prévient la résurgence. Elle soulage l’inflammation des muscles et des articulations : mal de dos, lumbago, rhumatismes, arthrite, goutte, spasmes musculaires, crampes et rigidités dans la nuque ou les épaules. Relaxant musculaire, elle s’avère profitable pour les fibromyalgies et le Syndrome d’Ehlers-Danlos (SED).

Application de l’huile en externe et 20 à 30 gouttes de l’alcoolature 3 fois par jour ou répétées si besoin toutes les 20 minutes, jusqu’à 10 fois en cas de douleur intense (Susun S. Weed).

À noter : son action antispasmodique rend cette huile utile pour les douleurs menstruelles et son action antimicrobienne est profitable sur les infections virales respiratoires comme les rhumes ou les grippes, en prise interne (Susun S. Weed).

Pour le foie et la digestion Voyant dans ses fleurs jaunes la signature d’une affinité avec le foie, les anciens utilisaient l’huile de millepertuis pour soutenir ou tonifier cet organe. La recherche montre qu’elle protège le foie de l’inflammation et des lésions causées par des produits toxiques, en les éliminant plus rapidement. C’est pourquoi elle est formellement contre-indiquée avec la prescription de médicaments : facilitant leur évacuation, elle en réduit l’efficacité. Régulatrice du fonctionnement du système digestif, elle est un remède du syndrome d’intestin irritable où il y a une perméabilité intestinale accrue (des perforations). Agissant sur la sphère urinaire, elle en combat les infections et traite aussi l’incontinence.

© Jacky Jousson

Préparations
La tradition préconise la cueillette des sommités fleuries à la Saint-Jean, sa teneur en principes actifs serait plus élevée avec le soleil au zénith. Cueillir la plante avec des fleurs en boutons et des feuilles. Utiliser la plante fraîche, la plante séchée perdant rapidement ses effets thérapeutiques. Consommer les plantes séchées en tisane de moins de 6 mois de cueillette (Jim Mc Donald).

L’huile infusée ou huile rouge
Remplir entièrement un bocal en verre de la plante fraîche (éventuellement séchée pendant quelques heures pour évacuer l’humidité) coupée au ciseaux. Recouvrir les plantes d’huile d’olive pour un usage médicinal ou d’huiles adaptées aux soins de la peau. Mélanger pour faire remonter des bulles d’air. Poser un tissu avec un élastique au collet pour laisser les échanges gazeux s’échapper. Laisser macérer pendant 4 à 6 semaines en remuant de temps en temps. Beaucoup d’herbalistes recommandent de disposer la macération au soleil ; personnellement, je la mets à l’ombre pour éviter des condensations qui pourraient gâcher le produit. Je privilégie par commodité la méthode chaude en mettant la plante fraîche dans un appareil à cuisson très douce, de type cuiseur à riz, en la recouvrant d’huile et en la laissant macérer de 4 à 8 heures. L’huile doit rester tiède ! Pour le filtrage, dans les deux cas, laisser l’huile s’écouler au-dessus d’un récipient sans presser. Transférer dans un flacon sec qui a été stérilisé au four chaud pendant 10 minutes. Entreposée à l’ombre, l’huile se conserve de 6 mois à 1 an, voire plusieurs années au réfrigérateur.

L’alcoolature
Remplir un bocal en verre de plante fraîche coupée et recouvrir d’alcool alimentaire titrant à 40° minimum : de la vodka, du calvados, du cognac ou du whisky. Si le couvercle est en métal, apposer un film papier ou plastique pour éviter la formation de dépôts noirs sous le couvercle. Secouer le mélange et entreposer à l’ombre pendant 6 semaines.

Filtrer en pressant un maximum et verser dans un contenant stérilisé. Conservation : plusieurs années. L’usage de flacons avec pipette est pratique, une pipette contenant environ 35 gouttes, soit 1ml.

Pour une préparation sans alcool, suivre la même procédure en utilisant du vinaigre de cidre. Environ 1 cuillère à café de vinaigre de millepertuis valant environ 10 gouttes d’alcoolature.

Les préparations prennent une belle coloration rouge plus ou moins foncé. Les dosages indiqués sont pour les adultes.

Laisser entrer la lumière
Abondamment utilisé au Moyen Âge pour chasser les démons des personnes atteintes de troubles psychiques, le millepertuis est aujourd’hui l’antidépresseur naturel le plus vendu au monde. Il soigne l’insomnie chronique, l’anxiété, la dépression modérée et aussi les troubles de la ménopause, en optimisant la production et la circulation de neurotransmetteurs (sérotonine, dopamine, noradrénaline). Il calme des réponses excessives du système nerveux et le nourrit, le fortifie s’il est à plat. Il est particulièrement indiqué pour les états mélancoliques, où dominent des sentiments de découragement, d’humeur maussade, amère, avec une mentalité de «victime» focalisée sur les combats difficiles à mener, sans capacité de voir les aspects positifs de son existence. Avec sa force solaire réchauffante, le millepertuis balaye les nuages de l’esprit et enflamme le cœur. Il chasse les peurs de dangers réels ou imaginaires et invite à s’engager activement dans l’accomplissement de soi. En absorbant l’énergie solaire du millepertuis, nous régénérons notre puissance intérieure, la fortifions pour nous défendre d’agressions externes, physiques, bactériennes ou psychiques.

Se comportant comme amplificateur de réception de la lumière naturelle, il est très efficace pour prévenir et traiter la déprime hivernale. Il saura aussi calmer et reconstruire un système nerveux surexcité et exténué par un burn-out, quand on se consume de l’intérieur. Dans tous ces cas, sa prise doit être continue durant 2 à 6 mois, avec un dosage de 20 gouttes 3 fois par jour jusqu’à amélioration (Susun S. Weed).

Le soleil est de tout temps symbole de triomphe, d’illumination et de joie. Alors que notre planète se réchauffe, que les sols s’épuisent, que la dépression et le burn-out deviennent épidémiques, le millepertuis apparaît comme un baume sur nos blessures communes, réparant, nourrissant les terrains incendiés de l’humus et de l’âme.

Tel un éclat de Soleil qui aurait pris racine sur Terre, le millepertuis nous incite à regarder au-delà d’une image de désolation et nous aide à avancer plus sereinement vers un horizon incertain en nous enseignant à prendre conscience de notre propre lumière intérieure. Plante compagne fiable, elle nous encourage à oser rayonner dans le monde et à avoir un impact, une influence positive plus que jamais nécessaire.

Références

  • Gérard Ducerf, L’Encyclopédie des plantes bio-indicatrices, alimentaires et médicinales ;
  • Jim Mc Donald, site herbcraft.org ;
  • Andrew Chevallier, The Encyclopedia of medicinal plants ;
  • Sajah Popham, site evolutionnary herbalism. com ;
  • Susun S. Weed, Breast Cancer? Breast health!, site susunweed.com ;
  • Christophe Bernard, site altheaprovence. com ;
  • Anne McIntyre, Flower Power, site theherbalacademy.com.
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