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Les collectifs de jardins russes - Un système alimentaire résilient

La Russie offre un exemple d’agriculture périurbaine collective à grande échelle. En plus de contribuer significativement à la production alimentaire du pays, ce « circuit parallèle » confère au système alimentaire russe plusieurs attributs importants de résilience, dont l’histoire récente a permis d’attester l’efficacité.

Arthur Grimonpont, le - # Magazine

Pirogovo, communauté de dacha sous les lignes à haute-tension

Retrouvez cet article dans Le numéro 2 de Yggdrasil

Autonomie énergétique, résilience alimentaire, désobéissance civile, pédagogie alternative : le numéro 2 d'Yggdrasil vous réserve bien des surprises...

Date de parution :
140 pages

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Des images satellite de quelques villes russes suffisent pour constater l’importance qu’y occupe le jardinage collectif. Depuis le ciel, on observe de vastes et régulières mosaïques de parcelles arborées, regroupées par poche ou par bande en périphérie de la quasi-totalité des centres urbains.
L’Union des Jardiniers de Russie estime que sur la centaine de millions d’urbains que compte la Russie, soixante millions d’habitants pratiquent le jardinage à des fins de production alimentaire (1). Même dans les plus grandes villes, dont Moscou et Saint-Petersbourg, plus de la moitié de la population dispose d’une parcelle cultivable : ce sont des habitants-jardiniers, ou datchniki. Dans les villes de province, telle Kazan, leur proportion peut atteindre 80% de la population (2) !

Les collectifs de jardins sont également bien présents au sein de trois ensembles géographiques avoisinants : l’ex-Union soviétique, une partie des autres pays anciennement communistes ainsi que les pays germaniques et la Scandinavie. Le cas russe reste toutefois d’ampleur inégalée en Europe, puisqu’il concerne environ 25% de la population urbaine, contre 12% en Pologne, 8% en Slovaquie, 4% en Allemagne, 3% en Autriche et 1% dans les pays scandinaves.

(1) Les estimations, qui sont rendues difficiles par l’absence de statut juridique clair, varient, suivant les auteurs, de 45 à 67 millions. Le chiffre de 60 millions est indiqué : https://versia.ru/obshhaya-ploshhaddachnyx-uchastkov-v-rossiisostavlyaet-desyat-territorij-moskvy
(2) Marloie M., Boukharaeva L., 2011, « Des sols agricoles au service de la résilience urbaine : réflexions à partir du cas de la Russie », Espaces et sociétés, n°147, p. 135-153.

Comment expliquer l’importance de ce phénomène, inédite pour un pays industrialisé ?

Origines des collectifs de jardins

La population russe était très majoritairement paysanne jusqu'au début du XXe siècle, avant de s'urbaniser rapidement sous l'effet de l'industrialisation du pays. Les collectifs de jardins sont apparus à partir de 1917, en réponse aux pénuries alimentaires dont la fréquence et la gravité s’accentuaient alors que le communisme de guerre instaurait un monopole d’État sur tous les moyens de production.
À l’origine informels et désapprouvés par le pouvoir soviétique – car impliquant des pratiques individuelles ou familiales – les jardins collectifs ont rapidement été encadrés par l’État, en raison de leur indéniable efficacité pour contrer les pénuries. Ils étaient contrôlés et gérés par les entreprises d’État, qui divisaient le foncier en parcelles égales et les distribuaient aux employés (3).
Tout au long du XXe siècle, le nombre de collectifs et l’intensité de leur mise en culture ont beaucoup fluctué en fonction du contexte économique. Les parcelles de jardin sont officiellement demeurées propriété de l’État jusqu’en 2006, date à partir de laquelle leur privatisation s’est rapidement opérée.

(3) Marloie M., Boukharaeva L., op. cit.

Vue du ciel typique d’un collectif de jardins

Vue du ciel typique d’un collectif de jardins.

Description des collectifs de jardins

Les jardins sont regroupés au sein de collectifs de tailles variées, allant de quelques dizaines à plusieurs milliers de parcelles. Ces collectifs sont au nombre officiel de 80.000 (4). Ils sont historiquement répartis en trois types : les collectifs de jardins (de loin les plus nombreux), les collectifs de potagers et les collectifs de datchas (chalets).
Chaque type de collectif permet et encourage la plantation d’arbres fruitiers et les cultures potagères. Ils se distinguent par l’importance qu’y occupe la fonction productive, laquelle rend pour partie compte des différences de statut social entre leurs occupants.
La loi imposait même un certain nombre de pommiers, poiriers, cerisiers, pruniers, framboisiers, groseilliers, ainsi qu’une surface minimum en fraisiers et en potager !
La majeure partie des parcelles ont une superficie de 600m² (un rectangle de 20 mètres sur 30) et sont dénommées des « six-ares » en russe.
Elles comportent généralement une « maison de jardin », ou datcha, qui a vocation à servir d’habitat temporaire ainsi qu’à entreposer le matériel de jardinage et le fruit des récoltes. La présence d’arbres fruitiers, de plantes potagères et de cultures d’ornement donne à l’ensemble une allure d’îlot de verdure variée.
Le climat continental de la Russie incite une majorité de datchniki à conserver un lieu de résidence principal et un emploi dans les centres urbains, et à n’occuper que temporairement leurs jardins pendant la saison productive – laquelle s’étend de mai à septembre. Ces dernières années, de plus en plus de Russes font le choix d’habiter à l’année leur six-ares, rendu plus confortable par certaines transformations récentes.
Remarquons que les collectifs de jardins russes n’offrent que très peu de points de comparaison avec les jardins ouvriers français, lesquels sont de dimensions très modestes (de l’ordre de 30m²), ne permettent pas d’y séjourner et sont historiquement réservés aux populations démunies (5).

(4) Les spécialistes notent qu’il est difficile d’évaluer précisément ce nombre, en l’absence de recensement officiel et compte tenu de l’évolution constante de ce nombre. Estimation fournie par Marloie M., Boukharaeva, L., op. cit.
(5) Guyon F. (2008), « Les jardins familiaux aujourd’hui : des espaces socialement modulés », Espaces et sociétés 2008/3 (n° 134), p. 131-147.

À Irkoutsk, ville la plus peuplée de Sibérie orientale située à proximité du lac Baïkal, les collectifs de jardins se devinent parmi les vastes forêts environnantes

À Irkoutsk, ville la plus peuplée de Sibérie orientale située à proximité du lac Baïkal, les collectifs de jardins se devinent parmi les vastes forêts environnantes.

Évolutions récentes des usages

Avec la relative stabilité politique et économique de la Russie de ces dernières années, le nombre de parcelles cultivées a diminué et une substitution progressive de la fonction agricole s’est opérée au profit de la simple villégiature. La plupart des familles qui en ont les moyens délaissent leurs cultures vivrières, bien qu’elles en conservent souvent une fraction par tradition familiale (6).
La hausse du niveau de vie et l’assouplissement des réglementations ont par ailleurs entraîné la densification des bâtis en dur au sein de certains collectifs. Cette mutation est souvent complétée par l’élargissement des parcelles par regroupement, l’installation du gaz et de l’électricité, et la consolidation des voies d’accès. Les jardins collectifs évoluent donc sensiblement vers le modèle de quartier pavillonnaire européen (7).
Ces évolutions affectent inégalement les collectifs : sont davantage touchées les parcelles adjacentes aux villes les plus importantes. Ces dernières subissent en effet une pression immobilière et intéressent d’autant plus les promoteurs qu’elles disposent généralement déjà d’un accès à l’eau et au gaz. À l’inverse, dans certains collectifs de banlieues éloignées, des jardins sont délaissés par leurs propriétaires (8).
Début 2019, le régime juridique encadrant les collectifs a été uniformisé pour tenter d’enrayer ces dérives (9). Le droit de construire, en particulier, y est désormais uniformément encadré par les règlements d’urbanisme locaux.
En dépit des évolutions récentes observées ces dernières années, le jardinage urbain reste un héritage culturel et une tradition pour des dizaines de millions de Russes.

(7) Robert-Boeuf C. (2017), « Cultiver la ville en Russie », Géographie et cultures, n° 101, pp. 17-34.
(8) Traduit depuis le site d’information russe : https://rg.ru/2017/04/26/kakieizmeneniia-zhdut-vladelcev-dachnyhuchastkov.html
(9) Une nouvelle loi fédérale du 29 juillet 2017 n°217, intitulée « Maintien par les citoyens du jardinage et du jardinage pour leurs propres besoins et modifiant certains actes législatifs de la Fédération de Russie », est entrée en vigueur au 1er janvier 2019.

Une organisation résiliente

L’association Les Greniers d’Abondance a inventorié et décrit sur son site resiliencealimentaire.org plusieurs critères de résilience des systèmes alimentaires. Comme nous allons le voir, les collectifs de jardins russes cumulent nombre de ces attributs.

Diversité En plus de contribuer significativement à la production agricole, les jardins jouent un rôle majeur dans la diversification du régime alimentaire des populations urbaines : ils leur donnent accès à une alimentation riche en produits frais qu’elles ne pourraient pas toujours se procurer dans les circuits conventionnels, à cause de leurs prix trop élevés (10).
Les cultures sont nombreuses, avec comme invariants les pommes de terre, les tomates, les concombres et les poivrons ; et pour les fruits essentiellement des baies et des arbres fruitiers.
De nombreuses variétés sont couramment cultivées pour chaque type de plantation (11). À ces cultures vivrières s’ajoutent des fleurs souvent annuelles (12). Les jardins abritent donc une certaine biodiversité, qui diminue leur vulnérabilité face aux maladies, aux ravageurs ou aux conditions météorologiques défavorables.

(10) Ortar N. (2005), « Les multiples usages de la datcha des jardins collectifs », Anthropologie et sociétés, 2005, vol. 29 n°2, pp. 169-185.
(11) Ortar N., op. cit.
(12) http://krizis-kopilka.ru/archives/2239

Sergey Alekseyevich Yudin, retraité de 63 ans, dans son jardin à Nertsi, région de Valday.

Modularité Les collectifs de jardins sont caractérisés par une grande indépendance de fonctionnement. La dimension modeste des parcelles et l’interdiction de commercialisation des produits qui en sont issus impliquent la séparation avec les filières de l’agro-industrie (semences, engrais, outillage) et les circuits de vente professionnels (13) : troc et autoconsommation sont les seules pratiques légales.
Les datchniki ne subissent donc pas les fluctuations des cours des produits agricoles. Leurs récoltes, peu ou pas transformées, ne dépendent d’aucune usine ou infrastructure nodale, à la différence du système alimentaire industriel, caractérisé par une concentration très importante des filières de transformation, de distribution et de commercialisation.
L’utilité de ce système parallèle, en particulier son indépendance vis-à-vis du système planifié par l’État, s’est révélée particulièrement tangible lors du délitement du bloc communiste et du déclin de production des kolkhozes et sovkhozes. Un effondrement rapide de la production agro-industrielle et du pouvoir d’achat a alors frappé les Russes (à titre d’exemple, les enseignants ont vu leurs revenus divisés par trois à cinq) (14).
D’importantes craintes concernant la survenue de ruptures d’approvisionnement et l’apparition de famines ont incité les États-Unis et l’Union Européenne à concevoir des programmes massifs d’aide alimentaire. Ces derniers ne furent pas nécessaires du fait de la relance de la production dans les jardins ! Boukharaeva et Marloie (2015) (15) décrivent ainsi la réaction de la population : « Il a suffi aux familles de convertir en production alimentaire les espaces de jardins jusque-là occupés par des pelouses. Une étude du PNUD indique ainsi que 65% des familles de la ville de Moscou étaient engagées dans le jardinage urbain en 1991 contre 20 en 1970. […] Au milieu des années 1990, ce jardinage urbain fournissait la majorité des pommes de terre, des fruits et légumes consommés par les citadins. La valeur de cette production se situait entre 20 et 30% de la valeur totale de la production alimentaire de Russie ».

(13) Cette indépendance n’est bien sûr pas parfaite. En ce qui concerne les semences, Robert-Boeuf C., op. cit., note que «peu de jardiniers font aujourd’hui leurs semences, préférant, du fait de leur prix relativement modique, les acheter dans des enseignes spécialisées ou dans des supermarchés».
(14) Boukharaeva L.-M., Marloie M. (2015) Family Urban Agriculture in Russia. Lessons and Prospects, Springer Editions, 193 p.
(15) Marloie M., Boukharaeva, L. (2015) op. cit.

Il a suffi aux familles de convertir en production alimentaire les espaces de jardins jusque-là occupés par des pelouses.

Cyclicité Ces dernières années, l’écologie constitue un nouveau moteur culturel chez les datchniki, qui souhaitent avoir des produits « naturels », et ont peu recours aux intrants chimiques (souvent dispendieux) et aux pesticides.
D’après Robert-Boeuf (2017) (16), « les pratiques les plus courantes en matière d’intrants sont la fabrication d’engrais naturels et la récupération de déchets (provenant du jardin même ou du fumier vendu par des agriculteurs) pour la confection de composts ».
En l’absence de réseaux d’eaux usées, et en réponse aux exigences sanitaires attachées à une densité moyenne d’habitats, les toilettes sèches sont de plus en plus plébiscitées, bien que les fosses septiques restent majoritaires. Le recours aux toilettes sèches garantit un très bon recyclage des nutriments et diminue sensiblement la pression exercée sur l’environnement.
La récupération et le bricolage font partie des hobbies courants des datchniki (17). Les constructions elles-mêmes engendrent peu de déchets. En dépit de la mutation à l’oeuvre ces dernières années, la majeure partie du bâti conserve les caractéristiques des années 1970 : constructions en bois et chemins d’accès en terre qui n’imperméabilisent pas les sols (18).

(16) Robert-Boeuf C. (2017), op. cit.
(17) Ortar N., op. cit.
(18) Marloie M., Boukharaeva L., 2015, op. cit.

Ancrage local La proximité immédiate de ces jardins avec le lieu de résidence des habitants constitue leur raison d’être. S’étant développés à une époque où l’usage de la voiture était rare, voire inexistant, et le temps libre rare et recherché, les collectifs se situent suffisamment proches des centres-villes pour que l'on puisse s’y rendre à pied ou en transports en commun (moyen de transport quasi-exclusif des urbains jusque dans les années 1980).
L’interdiction de commercialisation des récoltes garantit une consommation exclusivement locale. Dans la ville rurale de Kazan (1,2 millions d’habitants), la plupart des datchniki interrogés arrivent à nourrir leur famille grâce à leur jardin, au moins pendant la période estivale, voire pendant toute l’année pour certaines productions comme les pommes de terre (19). Ces dernières font en effet partie des légumes les plus cultivés, les statistiques agricoles indiquant que près de 80% (20) des pommes de terre de la région de Kazan sont produites sur ces parcelles.

Implication collective Si le cas de la Russie est exceptionnel pour un pays fortement industrialisé, il faut garder à l’esprit que la participation des urbains à la production alimentaire reste très répandue dans les pays du Sud. Une étude récente de la FAO (21) estime par exemple qu’au Vietnam, plus des deux tiers des ménages urbains pratiquent l’agriculture ou l’élevage ; une proportion similaire a été estimée au Nicaragua. Il s’agit alors généralement d’une agriculture d'autosubsistance réalisée dans les interstices du tissu urbain, qui occupe une place importante dans les stratégies de survie des ménages (22).
Les collectifs de jardins russes se sont développés avec une visée similaire : il s’agissait avant tout de la réponse pragmatique et efficace de millions de Russes aux pénuries et disettes. Le jardinage urbain comportait une dimension militante : les parcelles octroyaient aux Russes un minimum d’indépendance. « Cultiver un six-ares » est resté un adage populaire renvoyant aux principes d’autonomie et de liberté.
Outre la contribution matérielle des jardins à la sécurité alimentaire au sein des zones sinistrées, l’implication collective dans des communautés de jardinage a démontré, en Russie comme dans de nombreuses autres régions du monde, un effet de résilience psychologique face au stress induit par les situations de conflits (23).
La contribution collective à la souveraineté alimentaire locale induit donc une responsabilisation des foyers qui leur est profitable tant sur le plan matériel que psychologique.

(19) Robert-Boeuf C. (2017), op. cit.
(20) Données statistiques du ministère de l’Agriculture du Tatarstan de 2012.
(21) FAO (2014), L’agriculture urbaine, http://www.fao.org/urban-agriculture/fr
(22) Zezza A. et L. Tasciotti (2010), « Urban agriculture, poverty, and food security: Empirical evidence from a sample of developing countries », Food Policy, vol. 35, p. 265-273.
(23) Tidball K.-G., Krasny M.-E. (2014), Greening in the Red Zone.

Un modèle à répliquer ?

En France, 57% des ménages ont pour résidence principale une maison (24) dont l’espace attenant a une surface médiane de 600m² (25).
Il existe donc déjà un potentiel de mise en culture important des terrains des particuliers.
Pour doter l’ensemble des foyers qui ne disposent pas de jardin (26) d’une parcelle de six ares à cultiver, il faudrait disposer d’environ 18.000km² de terres arables à proximité des centres urbains, soit environ 6% de la surface agricole utile française (27), soit encore l’équivalent de la moitié des sols artificialisés actuels (28).

Le modèle pavillonnaire, principal mode de croissance urbain en France depuis les années 1970, est insoutenable à tous points de vue (32), mais répond indéniablement à la demande d’une partie de la population française. Les collectifs de jardins offrent une réponse crédible (33) à ces aspirations individuelles, sans entraîner d’externalités préjudiciables à l’intérêt commun.

(24) INSEE (2018) https://www.insee.fr/fr/statistiques/2412780
(25) LeMonde.fr (2016) https://jardinage.lemonde.fr/article-108-quelques-chiffres-francais-jardin.html
(26) En l’absence de données plus précises concernant la surface des espaces attenants aux maisons individuelles et leur utilisation (ces derniers peuvent être imperméabilisés, servir de parking ou de terrasse), nous considérons arbitrairement qu’une petite moitié des jardins de surface inférieure à 600m² ne se prête pas à une production maraîchère significative. Il reste alors environ 60% des 30 millions de ménages français à « équiper ».
(27) La SAU française représente 29 millions d’hectares, soit 290.000km², d’après INSEE, Agreste.
(28) Les sols artificialisés, c’est-à-dire revêtus, bâtis ou rendus impropres à la culture, représentent 3,4 millions d’hectares, d’après INSEE, Agreste.
(32) Dias D., Langumier J., Démangé D. (2008) Mutabilité du périurbain. Le modèle pavillonnaire face aux crises énergétique et environnementale. Les Annales de la recherche urbaine, année 2008, 104, pp. 149-156.
(33) Pour une comparaison détaillée des typologies de jardins russes et français et du potentiel de déploiement des collectifs de jardins en France, se référer à : Marloie M., Boukharaeva L., (2013), L’utilisation des sols urbains et périurbains pour le développement humain durable des villes : une alternative au modèle pavillonnaire, Rapport de la Fondation Maison des Sciences de l’Homme.

Eduard Likhatshov assis sur la terrasse de sa maison auto-construite

Eduard Likhatshov assis sur la terrasse de sa maison auto-construite. L’idée des nombreux ajouts est venue après un voyage en Yougoslavie, où il a vu une « architecture intéressante ».

Il faut considérer que :

  • les collectifs de jardins n’artificialisent pas les sols (les voies d’accès doivent rester perméables, et les cabanes démontables) et peuvent abriter une biodiversité importante (bien davantage qu’une grande culture), notamment si la plantation d’arbres est encouragée (29) ;
  • dans la perspective d’un arrêt indispensable de l’étalement urbain, la conversion des friches, des délaissés et d’une partie des terres agricoles périurbaines en collectifs de jardins occasionnerait une valorisation relative des terres, facilitant leur cession et sécurisant le foncier ;
  • le jardinage à grande échelle offre d’autres bénéfices sociétaux que la seule production alimentaire.

Ce dernier point est particulièrement visible en Russie, où on note que les collectifs (30) :

  • réduisent la dépendance des foyers modestes vis-à-vis de l’assistance sociale ;
  • contribuent à la réinsertion des personnes en difficulté ;
  • fortifient le lien social ;
  • améliorent la santé et augmentent l’espérance de vie de leurs adeptes ;
  • fournissent un lieu de loisir et de remise en forme abordable pour la majorité (31) ;
  • permettent de faire face aux vagues de chaleur de l’été continental, en minimisant l’effet d'îlot de chaleur urbain et en offrant un lieu de vie adapté à la saison chaude.

(29) La plupart des « jardins ouvriers » français interdisent la plantation d’arbres et ont des dimensions trop restreintes pour les accueillir.
(30) Marloie M., Boukharaeva L., op. cit.
(31) Les propriétaires de datchas y passent presque tous leurs weekends, du printemps à l’automne, et beaucoup y passent la totalité de leurs vacances : http://krizis-kopilka.ru/archives/2239

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