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©️ Erik Johansson

Adaptation radicale : un mouvement international

Au-delà de la théorie, l’Adaptation Radicale, ça se vit ! Daniel Rodary, écologue français spécialiste du biomimétisme, a mis en place un groupe en Inde, à Auroville. Il nous raconte cette expérimentation et nous partage aussi celle d’un autre écovillage, à Findhorn, en Écosse.

Flora Clodic-Tanguy, le - # Magazine

Retrouvez cet article dans Le numéro 6 de Yggdrasil

Adaptation radicale, réinventer une culture, se débrancher du monde virtuel, la mauve, rocket stove... Avec Yggdrasil #6, l'automne sera chaud !

Date de parution :
140 pages

Recevoir Le numéro 6

YGGDRASIL
Tu vis depuis plusieurs années dans la communauté d’Auroville, en Inde. Comment en es-tu venu à mettre en place le processus d’Adaptation Radicale ?

DANIEL RODARY
Avec quelques acolytes convaincus, nous organisions depuis plusieurs mois des rencontres autour de la collapsologie à Auroville, où je vis avec ma femme et mes enfants. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces moments d’échanges laissaient les gens sur le tapis !

Nous cherchions un moyen de poursuivre la sensibilisation à l’effondrement dans le village, mais avec de nouveaux outils qui permettraient de prendre davantage en compte la question des émotions.

Grâce à Lakshmi, une Indienne de notre groupe, nous avons progressivement introduit les pratiques du Travail qui Relie de Joanna Macy. Puis, en 2019, nous avons découvert l’article de Jem Bendell. Il nous a paru évident de nous emparer du processus et de le traverser tous ensemble.

Y • Qu’avez-vous fait et qu’en est-il sorti ?

DR • Par des rencontres régulières, où nous étions chaque fois plus nombreux, nous avons passé en revue les 4 R – réconciliation, résilience, renoncement et restauration – à travers le prisme de notre vie communautaire.

Certains résultats étaient somme toute assez classiques : produire davantage notre nourriture pour augmenter l’autonomie alimentaire d’Auroville, par exemple.
Nous avons aussi pointé la criticité de nos ressources en eau : avec l’aggravation de la sécheresse, c’est bien le premier point auquel nous devons être attentifs pour augmenter notre résilience collective.

Le processus a aussi apporté son lot de surprises. Alors qu’Auroville s’est précisément constituée comme une communauté, avec de forts liens de solidarité, les habitant·e·s ont exprimé le souhait de revitaliser la vie communautaire, de recréer du lien, à travers des événements, des jeux… De revenir à l’ADN des débuts, en quelque sorte, après plusieurs années d’une vie de village plus douce et un peu plus atomisée.

Nous avons vu les premiers fruits de ce travail pendant le confinement. Déjà organisé, le groupe Adaptation Radicale a pu rapidement venir en aide aux populations les plus fragiles qui ne pouvaient plus assurer leurs besoins de base.

C’est un bel exemple de ce que pourrait être ce renouveau de la solidarité.

©️ Marie Doucedame

Y • Une expérimentation du même type a lieu à Findhorn, en Écosse. Il semblerait que la communauté trouve aussi des pistes d’action très concrètes pour son territoire !

DR • Oui, il y a d’ailleurs des liens assez forts entre ces deux lieux, puisque deux pionniers de cette ville écossaise vivent désormais à Auroville. Findhorn a entamé son processus quelques mois avant nous, l’été 2019. Ils se sont posé la question : « Quelles seraient les conséquences d’un effondrement sociétal pour Findhorn ? »

Ils ont ainsi formulé une première priorité : se préparer à accueillir les nombreux urbains qui ne manqueraient pas de débouler dans ce territoire rural très peu peuplé. Cela a eu une conséquence pratique : il fallait augmenter la résilience alimentaire en cultivant davantage de terrains.

Ils ont aussi réalisé que leur système énergétique était, malgré leurs efforts, encore très dépendant du réseau traditionnel. Ils ont donc entamé un état des lieux, qui les a menés à une décision pas banale : rendre visite à leurs voisins, la base de la Royal Air Force, pour leur demander comment ils s’y prendraient en cas de rupture d’approvisionnement énergétique.

Le résultat est très anglais : après discussion, ils sont convenus d’une solution qu’ils sont en train de mettre en place. La Royal Air Force a accepté d’installer des panneaux solaires sur un champ de la base qui servira aux deux communautés !

Y • Mais l’Adaptation Radicale, c’est juste pour les écovillages New Age ?

DR • [rires] J’en parle parce que j’en suis un habitant, et aussi parce que ces écovillages ou communautés sont très en phase avec les messages de l’Adaptation Radicale, parfois sans le savoir ! C’est comme les mairies gagnées par des collectifs citoyens, à Saillans et ailleurs, sauf que là tout le « village » est déjà constitué pour des raisons assez proches de ce que Jem Bendell préconise : s’organiser ensemble, créer plus de liens, vivre avec moins de biens, rétablir la solidarité, l’entraide, etc.

Y • Dirais-tu que l’Adaptation Radicale et son processus facilitent le passage à l’action ?

DR • C’est certain. C’est tellement plus facile d’agir ensemble que d’être devant son ordinateur à se poser tant de questions ! Le processus collectif est aussi très soutenant et tellement plus joyeux. On n’a pas besoin de se demander si on a pensé à tout. Et on trouve aussi un espace dans lequel le soin qu’on s’apporte les uns aux autres est central. On se dit qu’ensemble, on va s’adapter, pas s’écrouler.

Une communauté francophone


Daniel Rodary fait partie d’un groupe en ligne qui se réunit chaque semaine pour partager ses réflexions (et émotions !) sur l’Adaptation Radicale

Les membres ont à cœur de partager ces idées avec le grand public et dans le mouvement collapso, qui ne la connaît pas encore bien.
En cause : la barrière de la langue.

Le Forum francophone : https://framateam.org/adaptation/channels/town-square
Le site francophone : https://adaptationradicale.org/

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