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Planet of the humans

Documentaire de Jeff Gibbs et Michael Moore
par Charles-Maxence Layet, le
Nouveauté, Réalité

Après plusieurs films sur la fin du rêve américain, Michael Moore déboulonne cette fois le rêve du développement durable. En l’honneur du Jour de la Terre, le 22 avril dernier, il a mis en ligne un nouveau film Planet of the humans dont il est le producteur exécutif et Jeff Gibbs, le réalisateur. Michael Moore y accuse le capitalisme vert et désigne les «traîtres» qui nous guident sur de fausses pistes.

Michael Moore, le cinéaste à la chemise à carreaux, accompagné de son acolyte Jeff Gibbs, revient avec un nouveau brûlot consacré cette fois aux mensonges des énergies vertes et de la transition. N’en déplaise aux notables de certaines ONG côtoyant les puissants de ce monde, ce film polémique, engagé et politiquement incorrect (qui a fait un buzz mondial pendant la pandémie), vise juste et dénonce avec mordant les scandaleuses et lucratives opérations de greenwashing.

Le film résume encore une fois (c’est un peu lassant, mais probablement nécessaire) pourquoi nous fonçons tête baissée vers un mur (le collapse !), mais ajoute surtout un dossier original, celui de l’engouement actuel des capitalistes et des fonds d’investissement envers la transition verte, ce nouvel eldorado. On y voit donc d’inévitables compromissions enrobées du double langage qui les accompagnent, égratignant au passage des figures emblématiques du mouvement écolo aux États-Unis.

Moore et Gibbs ont l’art et la manière de mettre en scène leur fausse naïveté. Confrontant enquêtes de terrains, interviews sur le vif et images d’archives, nos deux empêcheurs-de-vendre-du-rêve-vert-en-rond dressent le portrait accablant d’un monde de montages financiers et de spéculations à court terme qui dupent facilement ceux qui croient sincèrement à une cause juste.

On y découvre les sites abandonnés des immenses centrales solaires, mais aussi la pullulation des centrales à gaz ou à biomasse (qui accélèrent gravement la destruction des forêts). C’est d’une tristesse absolue ! Derrière les énergies solaires, éoliennes ou la biomasse (le bois) se cachent toujours d’autres destructions de la planète, du pétrole, du gaz, des ogres financiers. Combien d’avancées concrètes pour combien de reculs et de destructions ?

Le film tire des larmes, mais fait aussi grincer des dents. De grands noms de la transition (Naomi Klein, Josh Fox, l’auteur du film Gasland , ou Georges Monbiot) reprochent à Moore et Gibbs leur parti-pris, les accusant de ne pas avoir fait le film que les partisans des renouvelables auraient voulu voir, de céder à la facilité et la caricature, de privilégier des exemples qui ne marchent pas, voire de se faire l’écho de données obsolètes et manipulatoires. Mais le cœur du propos était de faire tomber les masques et de porter la caméra dans les zones aveugles de la transition, ce qui est plutôt réussi.

On regrettera donc que le film se situe uniquement sur le terrain de la critique, terminant sur une voie sans issue (avec une vague allusion maladroite à la dépopulation). On se gardera aussi de jeter le bébé avec l’eau du bain, c’est-à-dire tout ce qui est étiqueté « énergie renouvelable » ou « transition ». La critique pointe ici vers le capitalisme et l’industrialisme (c’est-à-dire le profit avant tout, et les grandes échelles), sans traiter de la question des basses technologies (low tech) à échelles conviviales qui pourraient éventuellement être un horizon intéressant.

Film polémique, Planet of the Humans nous fait sortir de nos zones de confort et ose regarder la face obscure du New Deal, celle qui a la couleur du pétrole et de l’argent. Le mythe politiquement correct de la transition et du capitalisme vert en prend pour son grade. Accrochez-vous !

Direction : Jeff Gibbs
Production : Michael Moore
Pays d'origine :Etats-Unis
Date de sortie :
Durée :100 min

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