Pas moins de 3 hommes et 40 animaux ont été retrouvés morts sur les plages bretonnes. L'identité du tueur est un secret de polichinelle : les algues vertes. Un demi-siècle de fabrique du silence raconté dans une enquête fleuve. L'intrigue a pour décor le littoral breton et elle se joue depuis des dizaines d'années. Inès Léraud et Pierre Van Hove proposent une enquête sans précédent, faisant intervenir lanceurs d'alerte, scientifiques, agriculteurs et politiques.
Ça se lit comme une BD ! L’expression n’aura jamais été aussi juste. Avec un thème et un titre vaguement écolo-chiant, on sent venir le récit explicatif un peu lourdingue ayant pour objectif de soulever une vague indignation sur un problème très local qui n’intéresse pas grand monde. Que nenni !
C’est toute la force de cette BD-enquête (publiée par épisodes dans La Revue Dessinée) que d’arriver à l’exact opposé : un art maîtrisé du scénario et des tensions, une précision d’enquête impressionnante, une étrange fluidité eu égard à la quantité de détails exposés, et des questions (un chapitrage) toutes aussi pertinentes les unes que les autres. Bref, du grand journalisme !
Mieux, le problème local du littoral breton devient l’émanation d’un système politique et économique global dont on arrive à pénétrer les rouages, et on prend conscience de son ampleur.
Le lecteur part ainsi d’un fait divers vaguement entendu à la radio (la mort d’animaux et de joggeurs sur les plages bretonnes due à l’hydrogène sulfuré dégagé par les algues) pour être finalement plongé au cœur de ce qui cause l’effondrement de notre monde.
À travers une galerie de personnes bien réelles, on y voit le rôle fondamental des lanceurs d’alerte, l’immense verrouillage politique, l’inertie institutionnelle, le rôle complice de l’État représenté par le préfet, le poids des lobbies agricoles et des multinationales sur ces questions, l’impasse dans laquelle se trouvent nombre d’agriculteurs, et le choix constant à faire entre l’économie et la santé (qui est fait à notre insu).
Faut-il sauver le soldat tourisme/agriculture/PIB ? Ou prendre soin des humains et de la biosphère ? Et qui fait réellement ces choix ? Passionnant.