Que se trame-t-il exactement sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes ? Notre anthropologue dessinateur mène l'enquête : s'agit-il d'un kyste peuplé de hippies violents ? Trop drogués pour comprendre qu’il faut partir puisque le projet d’aéroport est abandonné ? Ou de l’avant-poste, en Occident, d’un nouveau rapport au monde, affranchi de la distinction entre Nature et Culture ?
Sur la couverture, des zadistes encagoulés et un titre pompeusement universitaire. Pour celles et ceux qui connaissent l’œuvre d’Alessandro Pignocchi, ce modeste et génial scientifique défroqué, ornithologue acharné et virtuose de l’aquarelle, on pouvait s’attendre à une BD sérieuse décrivant l’anthropologie d’une petite caste d’anarco-Indiens du bocage nantais (voir son album sur les Indiens Jivaros, Anent, Steinkis, 2016).
On pouvait s’attendre aussi à éclater de rire, en découvrant des mésanges punks ou des Jivaros anthropologues à l’humour complètement décalé, autodérisoire et absurde, se foutant de la gueule de notre mode de vie occidental, ridiculement insoutenable (voir ses excellents albums Petit traité d’écologie sauvage 1 & 2, Steinkis, 2017, 2018).
Avec La Recomposition des mondes, vous aurez un mélange de tout ça : la sensibilité du naturaliste-peintre, l’humour délicieusement trash, la sincérité du militant (acquis à la cause des zadistes) et l’intelligence de l’anthropologue.
Cerise sur le gâteau, une post-face d’Alain Damasio. Délicieux.