Sympathique fable écologique, Mythopoïèse est le troisième volet de l’excellente série Petit traité d’écologie sauvage d’Alessandro Pignocchi. Des mésanges, un anthropologue, Macron, Merkel et Trump, voilà les protagonistes de cette irrésistible bande dessinée. Enthousiasmant !
La dérision et l’absurde en guise de munitions, Alessandro Pignocchi est sans conteste l’as du pas de côté qui permet de porter un regard décalé et salutaire sur notre civilisation.
Après avoir suivi les traces de l’anthropologue Philippe Descola en Amazonie, dans Anent, et y avoir constaté, un peu dépité, que le monde moderne avait là aussi envahi les modes de vie, Alessandro Pignocchi n’a pas renoncé. Ni à rendre visite aux Jivaros Achuar, ni à traquer les absurdités contemporaines, ni à sonder les territoires où s’inventent d’autres manières d’être vivant. Ainsi de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, qui le percute et lui inspire La Recomposition des mondes, où il livre son expérience du combat avec la sincérité d’un regard à la fois extérieur et embarqué.
Mais l’acmé de ce ton décalé et ravageur, il l’a placé dans une série intitulée Petit traité d’écologie sauvage, dont le troisième tome, Mythopoïèse, vient de sortir aux éditions Steinkis. On y retrouve l’humour totalement jubilatoire dont il gratifie ses mésanges punks et autres pinsons anarcho-autonomes, obsédés par l’idée de transformer l’Intermarché du coin en boule à facettes.
Alessandro a le chic pour dépeindre les délires et délices d’une société occidentale convertie à l’animisme, et nous donner comme une furieuse envie de ce monde où Emmanuel Macron délire en palmes, accro à l’ayahuasca, pendant que Donald Trump tente d’apprivoiser une belette.
Pour s’évader de notre société sans éclat, se défouler avec de charmantes bombes à plumes, sourire de nos propres incongruités et souffler un instant, tout simplement. À lire.