C'est parti pour un road-movie dans la France d'aujourd'hui ! Avec leur humour et leur caméra, Gilles Perret et François Ruffin traversent le pays ; à chaque rond-point en jaune, c'est comme un paquet-surprise qu'on ouvrirait. Les deux compères nous offrent des tranches d'humanité, saisissent cet instant magique où des femmes et des hommes, d'habitude résignés, se dressent et se redressent, avec fierté, avec beauté, pour réclamer leur part de bonheur.
En décembre 2018, un mois après le début de l’insurrection des Gilets Jaunes, François Ruffin et son ami le réalisteur Gilles Perret partent sur les routes de France pendant six jours, dans « les endroits les plus moches de France » (ronds-points, stations essence, parkings de supermarché, etc.), à la rencontre de cette France périphérique qui se rassemble.
« Si on ne fait pas ce boulot, la trace de ce mouvement exceptionnel dans notre histoire va être faite par BFM TV, des éditorialistes, des intellectuels à chemise blanche, qui vont résumer ça à un mouvement violent d’alcooliques, voire de fascistes et d’antisémites » (François Ruffin, dans L’Express du 10 janvier 2019).
Le film a été fait dans un délai exceptionnel (en moins de quatre mois !), à la volée. C’est au final un road movie intimiste, tendre et touchant, une galerie de portraits colorés de cette France qui relève la tête. Simplement donner un visage à un mouvement qu’on caricature trop souvent, pour répondre au mépris de classe et à cette haine des pauvres (qu’on trouve même à gauche).
Impossible de ne pas entrer en empathie avec ces personnes en galère, le frigo vide le 20 du mois, pris à la gorge par la disparition des petits commerces et des services publics. Comment oublier cette séquence où Natacha, cette mère handicapée interrogée sur un parking de Nîmes, avoue qu’elle fouille dans les poubelles des supermarchés pour nourrir ses enfants.
Dans cette succession de rencontres, il y a des pépites de dignité retrouvée, de travailleurs isolés qui goûtent enfin à l’entraide, de petits rayons d’espoir, et un soulagement de pouvoir exprimer une colère juste et partagée.