Face à la crise écologique actuelle, nos actions semblent impuissantes. Mais c'est peut-être qu'on protège mal ce qu'on comprend mal. Nous ne sommes pas des Humains face à la Nature. Nous sommes des vivants parmi les vivants. Nous ne sommes pas face à face, mais côte à côte face au dérobement de notre monde commun. Que devient l'idée de "protéger la nature" quand on a compris que le mot "nature" nous embarquait dans une impasse dualiste, et que "protéger" était une conception paternaliste de nos rapports aux milieux ? Cela devient «raviver les braises du vivant», c'est-à-dire lutter pour restituer aux dynamiques du vivant leur vitalité et leur pleine expression. L'ancienne protection de la nature était confisquée par les experts et les États ; cet ouvrage se penche sur des initiatives qui révèlent un mouvement puissant, qu'il faut accompagner et nourrir : la réappropriation de la défense du tissu du vivant, du soin des milieux de vie. Nous sommes le vivant qui se défend.
Une nouvelle fois, le verbe ciselé, engagé et poétique de Baptiste Morizot nous embarque dans une traversée qui révèle nombre de questions embarrassantes.
Nous entamons le voyage par la forêt en libre évolution, cette entité polymorphe à la puissance de vie débordante, infatigable, et qui nous met face à notre peur de perdre le contrôle. S’y engager de front réactiverait tous nos systèmes de défense ; c’est là que Baptiste Morizot nous montre un chemin de traverse. Il s’agit de désarmer nos modes de pensée qui ont construit ce monde extractiviste, d’en démanteler les schémas, pour reconfigurer de nouveaux rapports avec ce vivant qui nous a faits.
Pour cela, il nous faut déconstruire le dualisme humain/nature, véritable « dispositif de pouvoir » à l’origine de la dynamique insoutenable de nos agricultures et autres gestions forestières productivistes, ennemies du vivant, pour enfin trouver une alliance soutenable et désirable entre les acteurs d’une paysannerie profondément écologique et les défenseurs du ré-ensauvagement.
Cet ouvrage constitue une véritable carte-outil de la défense du vivant, ce feu germinatif qui, d’un petit foyer, d’une braise, peut s’embraser en une vie irradiant tout le territoire alentour.
Baptiste Morizot nous propose la confiance comme boussole, non point le ravissement béat, mais la dynamique constructive qui nous implique en connaissance des interdépendances composant le tissu du vivant. Cette confiance « n’est pas une solution de facilité, c’est la voie la plus difficile, mais c’est la seule qui dure ».
Foisonnant de pistes de lectures, de références et d’ouvertures à la réflexion, ce livre éminemment politique, dans le sens noble, m’a permis de me réconcilier avec humilité avec ma nature humaine, pour prendre plus pleinement encore la responsabilité de mon existence.
J’en ressors à la fois ébranlée et vivifiée.