Ils sont là parmi nous, jamais où tu regardes, à circuler dans les angles morts de la vision humaine. On les appelle les furtifs. Des fantômes ?? Plutôt l'exact inverse : des êtres de chair et de sons, à la vitalité hors norme, qui métabolisent dans leur trajet aussi bien pierre, déchet, animal ou plante pour alimenter leurs métamorphoses incessantes.
Quinze ans après l’immense roman La Horde du Contrevent, le prodige de la science-fiction Alain Damasio revient avec un livre époustouflant, dense, charpenté, survolté, coloré et foutraque.
Le récit se situe en 2040, dans une dystopie pas si éloignée de la nôtre, horriblement réaliste, du style Black Mirror en pire. Les villes ont été privatisées et rachetées par les multinationales, et le monde découvre progressivement une nouvelle espèce vivante, les furtifs, des créatures mystérieuses qui échappent à tout regard...
Dans cette société de contrôle intégral, les furtifs seraient-ils notre dernier salut ? Alternant scènes de traques et d’émeutes urbaines hallucinantes et réflexions philosophiques pointues, le roman puise aussi sa force dans les subtils détails d’une relation entre un père et sa fille de 6 ans, dans l’amour qui s’en dégage.
Le récit est d’une inventivité folle, tant sur la forme (néologismes à gogo, typographies différentes pour chaque personnage !, livré avec une bande originale signée par Yan Péchin) que sur le fond (nouveaux moyens de subversion des communautés en résistance, méthodes de contre-insurrection, gadgets high-techs délirants, etc.).
Utilisant l’anticipation comme outil politique, Damasio ne cache pas son soutien à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, à toutes les ZAD, aux luttes terrestres.
À travers ce roman, il donne envie d’en faire partie, de se bouger, d’inventer, de sortir de ce marais boueux du réel omni-présent et des dystopies futuristes classiques. La peur est toujours au rendez-vous, certes, mais conjurée par de nouvelles alliées, la rage, la tristesse, l’amour, des idées d’organisation, et des envies de lutte.